Comme tout le monde, nous sommes prisonniers de notre corps, mais si ce corps permet aux autres l’expression des sentiments, le nôtre se refuse à nous faire paraître.
Quand les mots sont trop énormes pour sortir d’entre nos lèvres, quand le verbe trop retenu se trouve mal accordé, quand la phrase est plus éprouvante qu’une épreuve olympique, alors la prison des mots s’installe.
Petit à petit, le geôlier monte les murs puis scelle les barreaux. La lumière qui traversait l’endroit s’amenuise à l’envers. Les traces de vies disparaissent pour n’être qu’un souvenir, car la bouche souffre de ses maux.
La vie sans expression, la parole sans mots, sont comme des continents sans terre, des mers sans eaux. Vivre sur soi-même, ne plus chercher à conquérir de peur d’avoir mal aux mots.
À trop croire que les mots peuvent tuer, à trop vouloir les enfermer pour qu’ils ne nuisent plus, la prison des mots se referme sur l’être entier.
La bouche se meure de ne plus s’exprimer, le corps se tord de ne plus bouger, les gens se gaussent de le voir si mal habile.
La balle vient de traverser la poitrine, emporte le palais, déchire l’abdomen et explose la tête. Les oreilles font écho au bruit et s’affolent de la rafale.
Je ne comprends plus ce qui se passe. Je ferme la porte, la lumière disparaît et pour ne plus subir l’épreuve, je scelle une brique de plus sur la prison des mots.
Le guichet des visites reste ouvert pour un sourire, un regard au prisonnier des mots.
