Biographie_img1.gif Biographie
Certain trouve que, sous un certain angle, éclairé d'un certaine lumière, j'ai des ressemblances avec l'homme du "Grand Bleu"
J'ose avouer que j'en suis flatté.
 
 
Toulouse. Un bar en terrasse, par une chaude après-midi de printemps. Nous venons de nous installer et le serveur qui s’est approché, se plante devant nous. Il fixe mon ami. Bizarre cette façon qu’il a de le regarder, cette insistance frise l’impudeur.
— Deux cafés s’il vous plaît,
— Tout de suite.
L’indécent se dirige vers le comptoir à grandes enjambées. Tasses sous le perco, soucoupes sur le plateau, il continue, l’œil en coin, à le dévisager.
Retour à notre table où il dépose avec délicatesse le précieux breuvage, tourne les talons, se ravise et l'apostrophe.
— Pardonnez ma question, mais on ne vous a jamais dit que vous ressemblez à Jean Réno ?
La phase est lâchée et résume bien la vie de mon complice.
Sa destinée d'auteur est collée à l’image d'une icône du cinéma. Il voudrait exister par lui-même, mais la signature audiovisuelle du géant le suit partout.
La ressemblance est frappante sous certains angles, surtout du côté droit qui affiche un nez puissant et déterminé. De face, le crâne dégarni annonce la similitude, qu’il complète sciemment d’une paire de lunettes rondes cerclées d’acier fin bleuté, plantées sur un regard perçant.
Il donne dans la magnificence et partage le charisme de son égérie. Il a d’elle comme un parfum de Rivière Pourpre.
Né en 1958 dans une paisible ville du paysage culturel francilien, Saint- Germain-en-Laye, bon chic bon genre. Il y fut intronisé à l’esprit religieux lors de son baptême. Rendu furieux par cette contrainte exercée à son corps défendant, il déféquait le jour de la célébration, d’un puissant jet liquoreux sur la robe d’apparat de son aïeule. L’esprit vengeur le plongea en immersion totale dans les fonds baptismaux.
L’initiation à l’apnée commençait.
Il vécut sa destinée scolaire soudée à celle d’un radiateur de fond de classe. Pour mettre fin à cette idylle désespérée, il orientait son laborieux cursus vers des études pratiques dans l’agriculture. La ruralité fit de lui l’homme vigoureux que l’on retrouve le jour de son mariage. En fin d’office, troublé par l’évènement, il paraphe le registre d’un « Godefroy de Montmirail ». Confusion de bon aloi, qui lui vaut de traverser les années en Visiteur averti.
Sa vie s’épanouit avec Nikita. La belle héroïne refroidit ses clients au restaurant des Bons Amis, alors que l’Effaceur sévit dans une baignoire, en déversant de l’acide sur des macchabées encore tièdes. Lui, veille au confort d’une famille de cinq, nourri d’un amour paternel sans faille.
Le ciel est chargé de lourds nuages noirs. Le tonnerre déchire les tympans, des gouttes éclaboussent le perron.
— Il pleut, lui dit sa femme, mets ton imperméable !
— Celui-ci ?
— Non ! Pas le petit noir, plutôt le Grand Bleu.
Il laisse tomber l’agriculture, sous la pression de la petite moutarde qui lui monte au nez et hurle « Wasabi ». Changement de boulot, il assure dans le bâtiment et rénove les vieilles façades rongées par l’acidité de la pollution urbaine. C’est un entrepreneur heureux.
Mais la vie n’épargne pas les âmes sensibles, son carnet de commandes vire au rouge. L’argent vient à manquer, les dettes s’accumulent et le bâtiment déprime. Il plonge en Subway direction le couloir du chômage.
Sa femme lui dit :
— J’ai une Mission pour toi et crois-moi elle n’est pas impossible.
— Mais ma mie, j’ai rancard à la demie !
— Prends tes cliques et tes claques et va chercher du boulot.
— Comment ! Du travail, mais tu me veux m’achever !
— Si tu ne l’acceptes pas, notre mariage s’autodétruira dans 10 secondes.
Sous la pression, il chausse ses runnings et part se ressourcer. Retour du beau temps et d'un nouvel emploi qu’accompagnent les délicatesses d’un patron bienveillant. Il officie en technicien de la prévention ; il élimine le risque. Entre briques et mortier, les égarés de la sécurité l’appellent Léon.
Serein, il trouve sur son chemin la source du bonheur : un stylo incidemment jeté sur son passage et un parchemin que la bonne fortune du vent fit atterrir à ses pieds. Sur un banc public, il s’installe et se met à écrire.
Finies les ressemblances troublantes avec le quidam ensorceleur, il tourne son film, seul acteur d’une pièce écrite avec ses maux.